Quand le rideau se lève à Ajaccio sur une nouvelle édition du Festival du film espagnol et latino-américain, c’est toute la culture hispanique qui s’invite en Corse. Ce rendez-vous a su marquer les esprits, saison après saison, en offrant une plongée dense et vibrante dans l’art cinématographique venu d’outre-Pyrénées et d’Amérique latine. Des films intimes aux grandes fresques, de la fiction sociale au documentaire audacieux, chaque projection devient un prétexte à la découverte ou à l’évasion. Les amoureux du cinéma indépendant, tout comme les curieux de tous âges, profitent de ce festival pour ouvrir une fenêtre sur d’autres mondes, rencontrer des réalisateurs hispaniques et rapporter, dans le cœur comme dans l’œil, l’éclat des plus belles œuvres du cinéma latino et espagnol. La 17ème édition, qui s’annonce foisonnante avec pas moins de 17 films, s’inscrit ainsi comme l’un des événements culturels majeurs du calendrier insulaire. L’occasion rare de vibrer ensemble au diapason du grand écran.
Plongée dans les origines et l’évolution du festival du film espagnol et latino-américain
Le cinéma hispanique n’est pas né dans l’insularité, mais c’est sur l’île de Beauté que son festival a pris racine, fédérant au fil des années une communauté de passionnés venus de tous horizons. Initiée il y a près de deux décennies par l’association Latinità, cette célébration s’est imposée comme un jalon essentiel du paysage cinéphile corse. D’abord balbutiant, le festival a vite trouvé sa vitesse de croisière, grâce à l’engagement farouche d’équipes bénévoles et à la fidélité d’un public avide de grands récits.
Loin des feux tapageurs du mainstream, la manifestation a fait le choix de l’exigence et de l’authenticité. Son objectif : mettre en valeur la diversité du cinéma espagnol et latino-américain, mais aussi son évolution constante. De la génération Almodóvar aux voix émergentes du Mexique ou de l’Argentine, le festival nuance, chaque édition, sa programmation pour mêler classiques et découvertes. Il invite à traverser l’histoire complexe et fascinante de ce cinéma, marqué tour à tour par la politique, la poésie, et les soubresauts de sociétés en mutation.
La longévité de l’événement est le fruit d’un équilibre subtil entre enracinement local et ouverture internationale. Porté par la ville d’Ajaccio et l’Espace Diamant, le festival bénéficie de partenariats solides, tissant un pont entre la Corse, l’Espagne et l’Amérique latine. C’est ainsi qu’on a vu défiler sur l’île des œuvres primées à Cannes, Berlin ou San Sebastián, mais aussi des films plus confidentiels, choisis pour leur audace ou leur regard incisif sur la société.
À chaque édition, la manifestation s’enrichit : ateliers pour la jeunesse, rencontres avec des réalisateurs, tables rondes sur le cinéma indépendant… Le festival n’est jamais un simple défilé d’images, mais un espace d’échanges vivant, où l’on débat, où l’on questionne la place de la fiction et du documentaire, les résonances entre sociétés, la force du 7e art dans l’éducation.
Tout en gardant la tête haute face à la standardisation des goûts et aux bouleversements technologiques, ce festival du film demeure un bastion pour ceux qui veulent penser – et ressentir – le cinéma autrement. Il a gagné ses lettres de noblesse auprès de ceux qui voient, dans chaque édition, bien plus qu’un alignement de projections : une véritable célébration du mélange des cultures et des récits.
La sélection officielle : immersion dans l’excellence du cinéma espagnol et latino-américain
Pour chaque cinéphile, le cœur du festival du film espagnol et latino-américain réside dans la sélection officielle, véritable boussole de la production hispanophone contemporaine. Cette année, ce sont 17 films, dont neuf en avant-première, qui défileront sur l’écran de l’Espace Diamant, offrant une fresque panoramique des tendances, des préoccupations et des audaces narratives du moment.
Le public pourra ainsi découvrir, en provenance du Mexique, l’exceptionnelle odyssée de La jaula de Oro, un film qui, après un passage remarqué à Cannes, s’est imposé comme une œuvre forte sur le thème de la migration adolescente. La sobriété de sa mise en scène, la justesse de ses personnages, portent autant à l’empathie qu’à la réflexion, invitant à dépasser les clichés pour appréhender la dureté de certains destins.
Autre exemple marquant : le documentaire Miradas múltiples, toujours venu du Mexique, offre un regard kaléidoscopique sur le métier de chef-opérateur, révélant l’envers du décor à travers de multiples témoignages. Le film tisse habilement le fil entre technique et émotion, rappelant que derrière chaque image puissante, se cachent des artisans inspirés du cinéma hispanique.
Le Venezuela bouleverse avec Pelo Malo, fiction récompensée au Festival de San Sebastián pour sa dénonciation frontale des préjugés et de l’intolérance. Au Chili, c’est le souffle jubilatoire de Gloria qui illumine la programmation : comédie déjà sélectionnée pour représenter le pays aux Oscars. Le Brésil, quant à lui, revient sur le devant de la scène grâce à l’adaptation cinématographique, sensible et populaire, du roman de José Mauro de Vasconcelos : Meu pé de laranja lima (« Mon bel oranger »).
Du côté argentin, trois œuvres, portées par une même soif de questionnement social, s’invitent à la table. Tesis sobre un homicidio entraîne le public dans un thriller haletant, incarné par le charismatique Ricardo Darín. El premio, premier film autobiographique, reconnu lors de la Berlinale pour la délicatesse de son écriture. Mariage à Mendoza déploie, enfin, toute la douceur du road movie fraternel, révélant la mosaïque humaine et paysagère du pays.
N’oublions pas Wakolda, saisissant récit inspiré de faits réels sur la traque du Dr Mengele en Argentine, qui témoigne de la puissance du cinéma indépendant argentin à revisiter son histoire avec audace.
- La jaula de Oro (Mexique) – épopée adolescente, migration et quête de liberté.
- Pelo Malo (Venezuela) – plaidoyer pour la tolérance et la diversité.
- Gloria (Chili) – portrait drôle et émouvant d’une femme moderne.
- Meu pé de laranja lima (Brésil) – adaptation littéraire pleine de tendresse.
- Tesis sobre un homicidio (Argentine) – polar noir à la tension millimétrée.
Cette pluralité de genres, de tons, de visions, fait du festival bien plus qu’un carrefour de films internationaux : un laboratoire, vivant, de la diversité culturelle et artistique de toute la sphère hispanique.
Rencontres, ateliers et partages : le festival comme lieu de transmission et de passion
Le festival du film espagnol et latino-américain n’est pas qu’un rendez-vous de projections. Pour beaucoup de spectateurs, c’est d’abord un terrain d’échanges, d’apprentissage, et de rencontres. Dans les couloirs feutrés de l’Espace Diamant, il n’est pas rare de croiser un réalisateur hispanique en pleine discussion avec des lycéens corses, ou un critique exposant le parcours d’un grand nom du cinéma latino.
Face à la profusion d’événements culturels, le festival tire son épingle du jeu grâce à des ateliers dédiés, où petits et grands s’initient à l’écriture scénaristique, au montage d’images, ou à la critique de films internationaux. Ces moments, pleins d’anecdotes et d’expériences partagées, nourrissent la curiosité et ouvrent des vocations, rappelant que le cinéma peut transformer le regard que l’on porte sur soi, sur l’autre, sur le monde.
Immersion dans les rencontres avec les réalisateurs et acteurs
À chaque édition, des invités de marque, issus du monde du cinéma espagnol comme latino-américain, donnent chair au festival. Ils partagent les coulisses de leur création, racontent les défis du cinéma indépendant ou encore, osent des lectures politiques et sociales de leur œuvre. Ces dialogues sont souvent prolongés lors de débats publics, où le spectateur devient acteur, questionnant jusqu’à la frontière même du possible à l’écran.
Un souvenir persistant pour nombre de festivaliers : cette masterclass donnée par un réalisateur mexicain autour de la lumière naturelle, où chaque participant est reparti, non seulement avec des notions techniques, mais avec l’envie de raconter, à son tour, une histoire.
Les ateliers pour la jeunesse : transmettre, inspirer, éveiller
Le festival, fidèle à sa philosophie inclusive, multiplie les propositions pour la jeunesse. Ateliers ludiques autour du stop-motion, projections réservées aux classes, espaces d’échange sur l’image et la diversité… Tout est pensé pour familiariser – sans jamais simplifier – le jeune public aux grands enjeux du cinéma hispanique. Ces dispositifs ont fait naître de véritables passions, et parfois, révélé de futurs professionnels.
En somme, le festival est un pont entre générations, où la passion du 7e art circule librement, tissant une communauté soudée autour du regard, du rêve et de la création.
À la découverte des enjeux du cinéma hispanique : entre tradition et modernité
Le cinéma hispanique célèbre la richesse d’une double appartenance. Héritier de grandes traditions narratives, il n’a jamais cessé d’expérimenter, d’oser. De Pedro Almodóvar à Lucrecia Martel, de Carlos Saura à Claudia Llosa, les réalisateurs ont toujours articulé, dans leurs œuvres, tension entre l’intime et le collectif, quête identitaire et dialogue universel.
Ce cinéma, comme en témoignent les films sélectionnés cette année à Ajaccio, jongle avec la complexité des mémoires – la dictature, l’immigration, l’héritage colonial – tout en inventant de nouvelles formes. L’usage du cinéma indépendant, la montée en puissance du documentaire, la force du récit autobiographique, sont les réponses de toute une génération de cinéastes face à l’uniformisation globale.
Les festivals, tels que celui d’Ajaccio, jouent alors un rôle clé : ils révèlent des œuvres que l’industrie, parfois, laisse de côté. Loin de s’enfermer dans le folklore, ils ouvrent au contraire la porte à la diversité des récits et à la pluralité des voix.
On comprend alors pourquoi tant de spectateurs reviennent, année après année. Ils viennent chercher cette vibration propre au cinéma latino, fait d’urgence et de poésie, de réalisme cru ou de surréalisme lumineux. Des histoires qui, au-delà de la langue, touchent à l’universel.
Le festival du film devient donc, pour quelques jours, le miroir de ces tensions fécondes : entre ancrage local et rayonnement international, entre mémoire et invention, entre doute et espoir. Une invitation à voir le monde autrement, à le questionner sans relâche.
Pratiquer le festival au quotidien : conseils et idées pour profiter pleinement de l’événement
Vivre une édition du festival du cinéma hispanique, c’est bien plus qu’assister à des projections. C’est s’accorder une parenthèse, plonger dans des ambiances inédites et multiplier les rencontres. Pour cueillir la magie, quelques idées et conseils permettent de tirer le meilleur de cette expédition cinéphile.
- Feuilleter attentivement la grille des séances avant le début de l’événement, afin de repérer les films en avant-première ou les rencontres spéciales.
- Vivre le festival en tribu : inviter amis, famille ou collègues, favorise la diversité des regards et enrichit les discussions à la sortie des projections.
- Ne pas négliger les séances matinales ou en semaine : elles réservent parfois de belles surprises, loin de la foule.
- Saisir l’opportunité de participer aux débats et ateliers, même en tant que néophyte. Souvent, les moments les plus marquants du festival naissent de l’imprévu et des échanges informels.
- Laisser une part à l’imprévu, oser explorer un film dont on ignore tout – c’est la meilleure recette pour une découverte authentique du cinéma latino-américain et espagnol.
Enfin, ne pas oublier que le festival, porté par l’association Latinità et ses bénévoles, vit grâce à la passion des spectateurs et à l’engagement collectif. Soutenir l’événement, c’est, à sa façon, contribuer à la vitalité de la culture hispanique – et faire de la Corse un carrefour, vivant, du cinéma international et indépendant.
Quelles sont les dates du festival du film espagnol et latino-américain d’Ajaccio ?
Le festival se déroule du 14 au 22 février à l’Espace Diamant à Ajaccio, rassemblant le meilleur du cinéma hispanique et latino-américain.
Comment choisir les films à voir pendant le festival ?
La sélection officielle, publiée en amont sur le site latinita.fr, met en avant une diversité de genres et de pays. Repérez les avant-premières et laissez-vous aussi surprendre par l’inédit !
Peut-on rencontrer des réalisateurs ou participer à des ateliers au festival ?
Oui, plusieurs rencontres, masterclasses et ateliers sont proposés chaque année. Consultez le programme détaillé du festival pour organiser votre venue.
Y a-t-il une place pour les enfants et les jeunes publics ?
Des projections jeunes publics et des ateliers pédagogiques adaptés sont prévus pour familiariser enfants et adolescents au cinéma hispanique, ainsi qu’à l’analyse d’image.
Comment soutenir le festival ou s’engager comme bénévole ?
Il est possible de rejoindre l’équipe des bénévoles ou de soutenir le festival via l’association Latinità ; toutes les informations sont disponibles sur le site officiel.




